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Amélie Bertrand, Utopia, Vol. 1.
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Amélie Bertrand, Utopia, Vol. 1.
Du 20 juillet au 16 août, l’exposition collective Utopia, Vol. 1 — Cartographie d’un monde possible investit la Palm Gallery, à Taipei, avec une sélection d’œuvres qui réactivent un imaginaire vieux de plus de cinq siècles : celui de l’île d’Utopie décrite par Thomas More en 1516.
Dans ce texte fondateur, More invente une île lointaine, géographiquement indéfinie, mais riche d’une organisation sociale idéalisée. À sa suite, des générations de penseurs, d’artistes et d’architectes ont projeté leurs désirs et leurs doutes sur ces paysages fictifs — entre rêve et critique du réel.
Utopia, Vol. 1 prolonge cette tradition cartographique : à travers leurs œuvres soigneusement sélectionnées et dont certaines ont été créées spécifiquement pour l'exposition, les artistes réunis tracent les contours d’îles nouvelles — fragmentaires, mouvantes, parfois subversives. Ces territoires imaginaires ne sont ni refuges ni modèles, mais des paysages mentaux où se rejouent nos peurs, nos espoirs, nos utopies personnelles ou collectives.
Qu’il s’agisse de rivages flottants, de mondes post-technologiques, de micro-sociétés fictives ou d’architectures impossibles, cette exposition interroge notre capacité à imaginer autrement, à rêver le monde non comme il est, mais comme il pourrait être.
Commissariat: Noé Marshall
Pierre Seinturier
À travers des paysages d’apparence familière mais fondamentalement ambigus, Pierre Seinturier convoque un sentiment d’étrangeté douce. Ses scènes forestières, figées dans une lumière artificielle ou un calme menaçant, évoquent des mondes en attente, des espaces intermédiaires où rien ne se passe — ou tout pourrait arriver. Ses œuvres tracent les contours d’une utopie silencieuse, nostalgique, où la nature reprend une place dominante, où l’être humain est ainsi relégué au second plan.
Charles Hascoët
La peinture de Charles Hascoët propose des récits fragmentés, souvent nocturnes, teintés d’une douce mélancolie. Entre souvenirs distordus, visions de ville, et figures en suspens, il assemble des images qui dessinent des lieux mentaux — des refuges incertains, peut-être des échappatoires. Son travail interroge l’idée même d’un espace habitable : que reste-t-il de l’utopie dans les marges du quotidien, dans les interstices de la mémoire et de l’intime ?
Amélie Bertrand
Dans ses œuvres aux surfaces brillantes et hyper-construites, Amélie Bertrand compose des environnements artificiels et psychédéliques. Les couleurs vives, les ombres nettes, les motifs répétitifs créent un univers à la fois séduisant et inquiétant. Elle conçoit des architectures mentales où la lumière ne vient de nulle part, des paysages numériques dépeuplés, comme des décors d’une utopie consumée par l’image. Une esthétique du faux-paradis entre le rêve et la réalité.
Todd Bienvenu
Avec une peinture brute, charnelle, parfois provocante, Todd Bienvenu revisite les scènes de la vie contemporaine avec un mélange d’humour et de lucidité. Fêtes débridées, corps nus, quotidien absurde : ses toiles débordent d’énergie. Mais sous cette apparente légèreté affleure une réflexion grinçante sur les formes d’hédonisme contemporain.
Lian Zhang
Les œuvres de Lian Zhang proposent une fusion subtile entre le végétal, le minéral et le mental. À travers une peinture organique et délicate, elle compose des paysages oniriques qui semblent émerger d’un souvenir ancien ou d’un futur lointain. Ses compositions évoquent des écosystèmes autonomes, des micro-mondes en équilibre fragile — comme si l’utopie ne résidait plus dans le progrès humain, mais dans une alliance nouvelle avec le vivant.
Yaerim Ryu
L’univers pictural de Yaerim Ryu est peuplé de figures flottantes, de corps ambigus, de scènes suspendues dans le temps. Entre rêverie et inquiétude, ses œuvres explorent des états de transformation et de passage. Ses personnages semblent évoluer dans un espace sans gravité, peut-être une île mentale, un territoire d’émancipation flottant au-delà des normes. L’utopie, chez elle, devient un espace personnel et fluide, habité par le doute et la tendresse.
Emma Stern
À partir des codes esthétiques du numérique, des jeux vidéo et de la 3D, Emma Stern crée des figures féminines hyperstylisées, entre fantasme et autonomisation. Ses œuvres interrogent la fabrication des corps, les clichés technologiques, et les promesses non tenues d’un futur digital libérateur. En détournant les outils du virtuel, elle révèle une utopie inversée : celle d’un monde où les identités sont performées, marchandisées, mais aussi potentiellement reprogrammables.
陳尚遠 (Shang Chien Chen.)
Dans ses peintures méticuleuses et silencieuses, Sean C. s’intéresse aux avions de guerre aux scènes aériennes et aux fragments d’histoire oubliée. À travers une esthétique hyperréaliste presque documentaire, il introduit des moments de bascule — comme ce tableau où un pilote militaire observe une baleine glisser sous la surface de l’océan, depuis la verrière de son cockpit. Ce face-à-face improbable, suspendu dans un ciel sans tension visible, ouvre une brèche dans l’imaginaire guerrier. L’homme et l’animal, la machine et le vivant, le regard prédateur et l’énigme naturelle : tout semble converger vers une vision fugace, presque utopique d’un monde réconcilié. Chez Sean C., l’utopie n’est pas un lieu à atteindre, mais un instant suspendu dans le flux du réel, où la beauté inattendue surgit là où l’on ne l’attendait plus.