Dans la continuité d’expositions monographiques consacrées à des artistes contemporains (Gerda Steiner & Jörg Lenzlinger en 2019, Philippe Favier en 2021, Hervé Di Rosa en 2022 et Jaume Plensa en 2024), le Musée de Valence – art et archéologie poursuit son ouverture aux acteurs de la création contemporaine et invite Amélie Bertrand pour un projet inédit rassemblant des œuvres récentes, dont certaines ont été influencées par les espaces et les collections du musée.
Au moyen d’une peinture d’une facture impeccablement lisse, Amélie Bertrand (née en 1985) s’éloigne des paysages idéaux inspirés sde la nature et forme des décors entre rêves et cauchemars. Ses plans et surfaces sont échafaudés avec complexité et minutie, pour bifurquer dans des perspectives biaisées et des horizons sans profondeur. Les couleurs sont posées en dégradés, toujours en une seule couche, comme retenues à la surface d’un écran insondable. L’artiste crée une atmosphère de déjà-vu, un climat contemporain à la fois psychologique et physique, dans le strict espace de la peinture. Entre Giotto et la peinture West Coast, Amélie Bertrand appareille la grande tradition au psychédélisme synthétique et procède à une mise en aplat réglé de la culture visuelle contemporaine.
L’exposition Amélie Bertrand. Neon Club, qui ouvrira en octobre 2026 au musée de Valence, réunit une trentaine d’œuvres, pour la plupart inédites et spécifiquement créées pour ce projet. Elle révèle de nouveaux axes de recherche et de nouveaux motifs, tels que les rideaux et les vitrines venant enrichir le répertoire d’objets et d’architectures de l’artiste. À l’instar des peintures de piscines, également exposées, ces nouvelles toiles décrivent des espaces liminaux ou cachés, désirables autant qu’ambivalents.
« Que dissimulent les rideaux, aux subtils dégradés, des toiles intitulées Nightwatchers (2026), d’où semble émaner une lumière intense ? » s’interroge l’historienne de l’art Marjolaine Lévy dans son texte pour le catalogue. « Ces “gardiens de nuit” paraissent veiller sur le secret de ces espaces, peuplés de signes qui conduisent la peinture d’Amélie Bertrand à l’abstraction, vers laquelle elle tend mais qu’elle ne maîtrise pas, de son propre aveu. »
Les motifs de vagues font aussi leur apparition. Ils s'ajoutent au répertoire des signes en néons, citrons en premier lieu, qui donne son titre à l’exposition. La toile monumentale Freak Waves (2026) déploie de telles vagues, ou plutôt de tels néons de vagues, sur trois mètres de long. L’exposition est complétée d’œuvres des dernières années, dépeignant d’intenses et électriques marguerites, nymphéas et massettes de roseaux. À propos du fini de ces images génériques, Marjolaine Lévy parle « d’une beauté de l’hyper-artificialité, séduisante, gourmande, tout à la fois mythologique et digitale, où l’abstraction apparaît comme une forme prise dans la glace, fixée un instant avant qu’elle ne fonde. »
Sous le commissariat d’Ingrid Jurzak, directrice du musée de Valence, l’exposition s’inscrit dans la continuité d’un fidèle compagnonnage artiste-curatrice : du Prix Sciences-Po pour l’art contemporain remporté en 2015 à la découverte décisive en 2023 d’un Nymphéas sur tondo de Claude Monet exposé au musée de Valence, en passant par l’entrée des œuvres d’Amélie Bertrand dans la collection du MAC VAL – musée d’art contemporain du Val-de-Marne.
Déployée sur deux niveaux du musée de Valence, l’exposition Neon Club est, en outre, l’occasion pour Amélie Bertrand de bousculer sa peinture en intégrant l’architecture du lieu. Elle en cite ainsi l’escalier en vis, vestige du Moyen-Âge, dans When the Day Is Down (2026) et insiste sur le motif du mur de pierre – récurrent dans tout l’œuvre – dans The Flower of Carnage (2026). Elle prolonge cette porosité en travaillant subtilement la scénographie afin d’altérer la perception des lieux : une vitrophanie nimbe d’une lumière rose la façade du musée et les salles d'exposition. L’œuvre contamine l’espace et floute la séparation entre espaces réels et espaces peints. Augmentée d’une projection au sol et d’arcades découpées dans les cimaises, l’exposition se transforme en un décor enveloppant le public, lui donnant l’illusion, par un habile retournement, d’évoluer dans les espaces des tableaux : un paradoxe pour une peinture que distingue l’absence de figures humaines ! Ce n’est plus seulement l’œil qui évolue à sa guise dans des décors peints pour lui. À Valence, le corps tout entier entre en jeu.
Un catalogue monographique sera édité à l’occasion de l’exposition.
Textes : Marjolaine Lévy et Ingrid Jurzak
Français / Anglais, 80 pages, 30 illustrations, 16 x 24 cm, couverture souple
Amélie Bertrand a récemment bénéficié d'expositions personnelles et collectives au Musée de l’Orangerie à Paris, au Centre d’art contemporain de la Matmut-Daniel Havis à Saint-Pierre-de-Varengeville, à la Maison des arts de Malakoff, au Centre d’art contemporain de Meymac, au Kunstwerk Carlshütte à Büdelsdorf, à l’École Municipale des Beaux-Arts de Châteauroux et au Musée des Beaux-Arts de Dole. Ses œuvres font parties des collections publiques et privées du Thyssen-Bornemisza Art Contemporary, du MAC VAL à Vitry-Sur-Seine, du CNAP, du FRAC Nouvelle-Aquitaine à Limoges, des Abattoirs Musée – Frac Occitanie à Toulouse, du Fonds d’art contemporain – Paris collection, et du Musée de l’Abbaye Sainte Croix aux Sables-d’Olonne.