Dans le jardin du FRAC Alsace, l’artiste Laurent Le Deunff fait surgir des animaux sauvages comme par surprise. À peine visibles, immobiles, parfois même dissimulés, ils semblent pourtant avoir toujours fait partie du paysage. Au fil de la promenade, les visiteurs, petits et grands, sont invités à les chercher, à les reconnaître, dans une déambulation qui mêle curiosité, jeu et rêverie.
Réalisées en rusticage ou faux-bois, une technique héritée de l’histoire des jardins décoratifs, ces sculptures en ciment semblent venir d’un autre temps. Elles évoquent les grottes, fausses pierres et fabriques ornementales qui, au XIXe siècle, transformaient les parcs en paysages d’imagination. Mais ici, Laurent Le Deunff détourne cet héritage pour y faire surgir des figures animales qui, à leur tour, observent les visiteurs.
Car ces animaux ne sont pas tout à fait des animaux. Présentés sous forme de bustes ou de totems, ils rappellent les galeries de portraits de personnages illustres que l’on érige pour traverser le temps. Leur posture, leur frontalité et leur présence monumentale évoquent la sculpture classique, mais leurs visages sont ceux d’animaux. Comme si, dans un autre récit, d’autres espèces avaient pris place dans l’histoire. À moins que nous ne visitions une exposition à la gloire d’animaux disparus ?
À travers ces figures, l’artiste interroge notre manière de regarder le vivant. À qui rend-on hommage ? Quelles traces choisit-on de laisser ? Entre mémoire et fiction, ses sculptures deviennent les vestiges d’un monde possible, où l’humain n’est plus au centre, mais parmi d’autres formes de vie.
Le jardin, lui aussi, participe à cette réflexion. En poussant, en recouvrant peu à peu certaines œuvres, il brouille les repères, efface les hiérarchies, redonne à la nature sa force et son autonomie. Les animaux disparaissent parfois sous les feuillages, comme retournés à un cycle plus vaste. Et la trappe, qui semble promettre l’accès à un trésor enfoui, demeure fermée, rappelant que tout ne nous est pas donné, que certaines richesses restent à imaginer.
Entre écologie, mémoire et image du réel, cette exposition invite à ralentir, à observer, et à envisager le jardin comme un espace vivant où se rejouent, autrement, les histoires que nous racontons au monde.
Imaginée et plantée par le duo d’artistes suisses Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger, Schatz & Jardin est une œuvre évolutive qui prend racine dans le jardin du FRAC Alsace comme un organisme vivant. Depuis 2021, le concept se construit dans le temps long, au fil des saisons et des transformations naturelles, invitant à observer, patienter et flâner.