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Pour sa première exposition à la galerie Semiose, Mathieu Cherkit présente quinze toiles qui partagent une unité de lieu, toutes prenant naissance dans ou aux abords de sa maison-atelier. Cette cohérence apparente est avant tout le prétexte à une recherche picturale sur la question des points de vue. La maison n’est qu’un contexte, une amorce, et ses objets des éléments de composition. Chaque peinture travaille le regard – à quels endroits celui-ci se pose, et comment la peinture le reconstruit. L’artiste agrège, combine, articule et fusionne les déplacements du corps et le parcours des yeux, faisant de l’espace familier et quotidien un endroit d’expériences visuelles sans cesse renouvelées.
Cette pluralité des points de vue tient d’abord à la temporalité de réalisation des toiles, peintes dès le milieu de la journée en suivant une méthode précise : chaque partie est travaillée à la même heure afin de bénéficier d’une lumière égale jour après jour. Ainsi, dans Sleepy solo (2026, comme toutes les œuvres de cette exposition), les fleurs au pied du lit ont été traitées à un moment défini, distinct de celui du couvre-lit, pourtant tout proche, réalisé à une heure plus tardive. Chacun des tableaux de Mathieu Cherkit possède sa chronologie interne, qui se répète quotidiennement jusqu’à son achèvement. Le diptyque Tendrement matérialise plus encore cette progression des gestes au fil de la journée et de l’avancement de l’œuvre : sa partie gauche, dans la lumière du jour, glisse peu à peu sur le pan droit dans la pénombre de la soirée, durant laquelle il a été peint à son tour.
- Mathieu Cherkit
- Tendrement , 2026
- Huile sur toile
-
- 211 ×
- 325 × cm
- 83 1/16 ×
- 127 15/16 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Yelo Flow , 2026
- Huile sur toile
-
- 190 ×
- 150 × cm
- 74 13/16 ×
- 59 1/16 × pouces
- Mathieu Cherkit
- La toilette , 2026
- Huile sur toile
-
- 146 ×
- 114 × cm
- 57 1/2 ×
- 44 7/8 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Ribes rubrum , 2026
- Huile sur toile
-
- 73 ×
- 61 × cm
- 28 3/4 ×
- 24 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Orval , 2026
- Huile sur toile
-
- 130 ×
- 97 × cm
- 51 3/16 ×
- 38 3/16 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Forteresse , 2026
- Huile sur toile
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- 162 ×
- 211 × cm
- 63 3/4 ×
- 83 1/16 × pouces
Se passant de la photographie, Mathieu Cherkit travaille dans un aller-retour entre la mémoire, ses esquisses et des observations sur place. L’esquisse lui sert à poser à grands traits la structure, les plans et les couleurs, tandis que certaines toiles peuvent être directement peintes face au sujet. Ainsi, pour Yelo Flow, le chevalet a été sorti de l’atelier pour être placé face aux marches. L’étape du croquis n’était pas utile, tant le motif de l’escalier est récurrent et travaillé dans toute l’œuvre. Chez Mathieu Cherkit, la justesse du point de vue importe plus que son exactitude. Pour cette raison, l’artiste ne recourt pas à une mise au carreau quand il transpose le sujet du carnet à la toile. Aucune n’entretient de rapport d’homothétie avec le réel : chaque peinture se veut fidèle à la perception et aux impressions éprouvées.
Partout, la perspective est de guingois – ou plutôt, elle est multiple. Des perspectives hybrides au sein d’une même toile peuvent aussi être envisagées comme la rencontre de plusieurs hauteurs du regard : celle du peintre, adulte, et celle d’un enfant qui apercevrait l’objet sur la pointe des pieds. Les œuvres de Mathieu Cherkit rappellent ainsi toute la bizarrerie qu’il y a, étant enfant, à parcourir et habiter des espaces démesurément hauts, démesurément grands, où l’on se hisse sur chaque meuble, où tout objet suscite la curiosité et peut être détourné de sa fonction première.
- Mathieu Cherkit
- Sleepy solo , 2026
- Huile sur toile
-
- 190 ×
- 150 × cm
- 74 13/16 ×
- 59 1/16 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Helianthus annuus , 2026
- Huile sur toile
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- 81 ×
- 65 × cm
- 31 7/8 ×
- 25 9/16 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Chat noir , 2026
- Huile sur toile
-
- 22 ×
- 14 × cm
- 8 11/16 ×
- 5 1/2 × pouces
Chacune des toiles de Mathieu Cherkit révèle une grande attention au cadrage. Dans sa peinture qui joue avec les épaisseurs et déborde les arêtes nettes du châssis, on perçoit combien est engagée la question du cadre. Travailler les tableaux de la sorte amène également à des questions d’objet et de fragment, soit le rapport de la peinture à la matérialité – celle des choses représentées, ou de la peinture même. L’épaisseur, qui permet des repentirs, complexifie le travail du détail, puisque le grain de la toile a disparu derrière les couches successives.
On a pu écrire que le travail de Mathieu Cherkit était figuratif ; que, par ailleurs, il empruntait à l’abstraction ; qu’in fine, il dépeignait son environnement domestique. Ces remarques, qui toutes permettent d’appréhender une partie de sa production picturale, mettent l’accent sur ce qui est figuré, là où ce sont les toiles dans leur entier qui méritent d’être appréciées. Peut-être est-ce en s’intéressant à leurs dimensions qu’on peut le mieux approcher la recherche menée par Mathieu Cherkit : chaque format est choisi parce qu’il est à l’échelle d’un des objets représentés. Ce n’est pas tant le réalisme du regard qui est en jeu que le rapport singulier qu’entretiennent le format de l’objet et le format de sa représentation. De cette pratique où la toile est à l’échelle de l’objet, lui-même distordu par les points de vue successifs posés sur lui, se dégage ainsi une étrangeté. Avec leurs plans enchevêtrés et leurs contours fuyants, comme si la peinture s’écoulait, ces scènes du quotidien nous placent dans la position de regardeur·euses halluciné·es, scruté·es en retour par les yeux jaunes de Chat noir.
— Camille Richert
- Mathieu Cherkit
- Papaver rhoeas , 2026
- Huile sur toile
-
- 46 ×
- 38 × cm
- 18 1/8 ×
- 14 15/16 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Matière noire , 2026
- Huile sur toile
-
- 73 ×
- 61 × cm
- 28 3/4 ×
- 24 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Du pain et du jaune , 2026
- Huile sur toile
-
- 73 ×
- 61 × cm
- 28 3/4 ×
- 24 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Alcea rosea , 2026
- Huile sur toile
-
- 22 ×
- 14 × cm
- 8 11/16 ×
- 5 1/2 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Octogone , 2026
- Huile sur toile
-
- 46 ×
- 38 × cm
- 18 1/8 ×
- 14 15/16 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Mirabilis jalapa , 2026
- Huile sur toile
-
- 22 ×
- 14 × cm
- 8 11/16 ×
- 5 1/2 × pouces
- Mathieu Cherkit
- Red Glitch , 2026
- Huile sur toile
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- 130 ×
- 97 × cm
- 51 3/16 ×
- 38 3/16 × pouces
Les intérieurs que peint Mathieu Cherkit sont d’une désarmante familiarité, explorant la domesticité dans ce qu’elle a de plus trivial. Même dans ses autoportraits, ses vues sur la rue ou ses herbiers, une étrange impression de déjà-vu nous saisit. Pourtant, malgré chaque recoin détaillé jusqu’à l’anecdotique, la peinture bascule soudain dans une dimension plus historique et métaphysique : historique, quand elle cite des prédécesseurs en peinture, préférablement abstraits, alors qu’elle-même est viscéralement figurative ; métaphysique, par son kaléidoscope temporel et spatial, bousculant la perspective et imbriquant les plans comme chez les cubistes. De cette peinture, capturée sur le motif et aux épais empâtements, sourd, in fine, le regard tendre et continuellement émerveillé du peintre sur son quotidien.
Né en 1982 à Paris et vivant à Vallery (Yonne), Mathieu Cherkit est diplômé de l’école des Beaux-Arts de Nantes et de la Hochshule für Grafik und Buchkunst de Leipzig. Figure majeure des jeunes peintres figuratifs en France, il a été finaliste du Prix Jean-François Prat (2013), ainsi que du Prix Science-Po pour l’art contemporain (2013) et du Prix Antoine Marin (2011). Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques – Centre national des arts plastiques, Musée d’art moderne de Paris, MO.CO., Musée Estrine de Saint-Rémy de Provence, Musée des Avelines à Saint-Cloud – et privées telles la Fondation Salomon et la Fondation Colas en France, la Caldic Collection/ Museum Voorlinden et la AkzoNobel Art Foundation aux Pays-Bas.