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Personnaliser

L’art n’est jamais raisonnable. Il n’est pas logique et n’a aucune valeur utilitaire. Dans un monde obsédé par l’efficacité, le rôle de l’artiste est d’introduire de la friction. Les artistes de Natural Mystics emploient une pensée magique et surnaturelle qui enraie les rouages et crée cette friction productive. Puisant dans les collections Rachofsky et Hartland & Mackie / Labora, l’exposition réunit des œuvres réalisées dans l’ombre des décombres de la raison empirique, à une époque où les systèmes auxquels on nous avait appris à faire confiance se sont révélés être des narrateurs peu fiables du moment présent. Les artistes de l’exposition n’offrent pas de solutions, et ils ne détournent pas non plus le regard de la pauvreté et de l’épuisement de notre temps. Ils se tournent plutôt vers le haut et vers l’intérieur. À travers une variété de médias — des peintures aux aquariums — ils travaillent depuis des lieux situés sous le langage et au-delà de la portée du consensus. À une époque enivrante de données et animée par la volonté de rationaliser chaque impulsion, ces artistes choisissent plutôt d’écouter… les rêves, les présages, le murmure discret sous le bruit. Le leur est une autre forme de rigueur : une rigueur qui résiste à la lisibilité, qui honore l’opacité, qui puise dans ce qui ne peut être cartographié. C’est un savoir queer. Il ne se justifie pas. Il offre l’éphémère comme preuve.

Deux des œuvres les plus remarquables de l’exposition, celles de Mario Merz et d’Alex Da Corte, utilisent l’échelle et le spectaculaire pour offrir un avant-goût du sublime. L’œuvre emblématique de Merz, 8, 5, 3, médite sur la magie de la structure en dôme et des nombres dans le monde naturel. L’igloo, dans tout son mystère et son énergie chargée, agit comme une pierre de touche — une lumière guide, en quelque sorte, pour l’exposition dans son ensemble. La commande nouvellement réalisée par Da Corte, The Guiding Light, qui fait ses débuts dans cette exposition, propose une réinterprétation pop d’une comptine enfantine. L’œuvre monumentalise l’histoire d’Humpty Dumpty, perché de manière précaire sur un mur, tenant sa propre lumière guide, peut-être une façon de nous montrer une issue à ce moment présent. La figure de Da Corte est rejointe par le petit tambour de Maurizio Cattelan, seul au sommet d’un mur, battant son propre rythme comme un phare qui résonne à travers les galeries — un joueur de flûte nous menant vers un futur indéfini.

Aux côtés de Natural Mystics se trouve la quatrième itération de WAREHOUSE:01, la série d’expositions monographiques en cours de The Warehouse. Installée dans la première galerie, la présentation des œuvres récentes de Troy Brauntuch, en dialogue avec ses travaux antérieurs, constitue un prélude approprié à Natural Mystics. Depuis plus de quarante ans, Brauntuch explore le rôle instable que jouent les images dans notre compréhension du monde. Ses œuvres demandent du temps pour être déchiffrées par l’œil et résistent souvent à la lisibilité. Elles existent dans le seuil profond entre perception et cognition, entre « je vois » et « je comprends ». C’est dans cet espace de conjuration — ou de conjurable — que le spectateur demeure, laissé à créer de nouveaux sens à partir de ce royaume toujours changeant, toujours vibrant, où vérité, temps, information et observateur sont en flux.

À mesure que Natural Mystics se déploie, les artistes s’attaquent au monde selon d’autres termes : intuitifs, incarnés, non linéaires, organiques. Ils opèrent comme des voyants, non pas parce qu’ils prédisent l’avenir, mais parce qu’ils ressentent et partagent ce qui a été enfoui et ce qui est en train de devenir — effondrement climatique, contrôle algorithmique, nouvelles compréhensions du corps, désenchantement de la vie. Ces artistes tirent leur force de la mémoire ancestrale, du monde naturel et de la vision extatique. Ce qu’ils offrent n’est pas une fuite, mais une forme d’envoûtement : des gestes qui résistent à la marchandisation et des vérités qui ne peuvent être représentées par un graphique. Ici, l’art n’est pas un miroir tendu au monde, mais un portail — quelque chose à travers quoi passer et par quoi être transformé.


Commissaire d'exposition: Thomas Feulmer