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Personnaliser

Les figures de pierre de Stefan Rinck composent une population bigarrée et comique, d'animaux pour la plupart, chimères ou monstres. Costumés, masqués, dotés d'attributs, nommés d'après des héros de la mythologie grecque, ils composent une assemblée de non-humains discordante mais parente : ils viennent d'un autre monde, d'un imaginaire archaïque, tissé de mythes et de légendes. À travers cette faune, l'artiste explore une verve comique, réaliste et fantastique, et revivifie l'iconographie avec une pratique typique du Moyen-Âge : la sculpture par taille directe de figures de pierre.

Ces rocs taillés se dressent avec fierté : îlots verticaux, fidèles au bloc natif dont ils sont extraits, ils s'imposent par une présence immédiate. Pour le Jardin des Tuileries, Stefan Rinck relève le défi de la très grande hauteur et ses sculptures viennent frôler les trois mètres de hauteur, à due concurrence des sculptures de l'ancien parc royal. Le travail primitif de la matière transparaît dans leur aspect brut : les traces de percussion sont visibles, les incisions, parfois agressives, surtout dans le dur marbre. L'artiste cherche l'expression dans la profondeur comme le graveur la cherche dans le trait. Rinck nous ramènerait-il à l'âge de pierre ? Oui, en ce sens que la taille directe implique une certaine relation à la matière, au geste, à l'outil.

Individuelles et fortement caractérisées, les sculptures de Rinck rappellent les personnages de l'art roman qui animent les chapiteaux et les tympans d'églises. Elles en ont la morphologie et le style, l'aspect hybride de la chimère et du monstre, les expressions grimaçantes ; elles ont aussi la densité tellurique du gnome. Ce sont des figures grotesques, dans lesquelles on reconnaît le comique vitaliste, typique du réalisme médiéval, qui s'exprimait dans les processions bouffonnes, lors de fêtes religieuses et populaires. La parodie, qui autorisait alors l'inversion des valeurs et des hiérarchies ecclésiastiques et sociales, caractérise également l'art de Rinck, empreint de cette atmosphère de mascarade et d'excès transgressif qui rappelle la Fête des Fous.

Or, si le Moyen-Âge colore l'art de Rinck, ses références se cristallisent en fait autour de quelques obsessions « gothiques », à la manière romantique : un goût pour la mythologie et les contes populaires, d'époques et de cultures différentes, pour le fantastique ou les figures de l'hybris ou de la démesure. Ses créatures voyagent dans le temps et dans l'espace : elles fraient et s'hybrident avec leurs congénères aztèques, incas, amérindiens, africains, océaniens et européens. Dans le Jardin des Tuileries, les sculptures de Rinck entretiendront un drôle de commerce avec les sculptures classiques et celles de Maillol, mais au même titre que les sculptures bestiales et fortes d'animaux sauvages aux prises avec leurs proies, que sont autres autres Tigresse terrassant un crocodile (1869) d'Auguste Nicolas Caïn ou Le lion au serpent (1833) d'Antoine-Louis Barye.