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Paul Gondry
VALIS

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    Des nuées colorées, traversées de présences spectrales, une tension dramatique focalisée sur des gestes et des objets, des atmosphères sculptées par des lumières surnaturelles : les œuvres de Paul Gondry travaillent leurs effets en vue d’exciter l’imagination du spectateur, appelé à déchiffrer les signes sous la surface. De cette peinture se dégage l’épaisseur d’un mystère en même temps que la concision calculée d’un story-board, distribuant les personnages, les plaçant dans la scène, établissant les étapes du rituel. Est-ce vécu ? Est-ce une représentation ? Ou bien encore, un rêve monté de toutes pièces ?

    • Paul Gondry
    • Promised Child 111 , 2023
    • Huile sur lin belge
      • 80 ×
      • 60.5 ×
      • 2.5 ×
      •  cm
      /
      • 31 1/2 ×
      • 23 13/16 ×
      • 1 ×
      •  pouces

    Formé au cinéma, à l'animation et à la vidéo, Paul Gondry ne cesse pourtant de revenir aux arts graphiques. Une question hante toute peinture de cinéaste : quelle nécessité de laisser de côté, temporairement du moins, l’image en mouvement pour la peinture ? Pourquoi préférer la peinture – art de l’image fixe, fait de moyens pauvres, pratiquement inchangé depuis plusieurs siècles – à l’art de la modernité qu’est le film, avec la continuité de ses vingt-quatre images par seconde, enrichies de son, de lumière et de mouvement ? Non que le cinéma surpasse la peinture, mais lorsque l’on réalise, comme Paul Gondry, des clips, des courts-métrages ou des jeux vidéo de type Role Playing Game, que peut encore la peinture ?

    • Paul Gondry
    • Promised Child 3 , 2026
    • Huile sur lin belge
      • 48 ×
      • 39 ×
      • 2.5 ×
      •  cm
      /
      • 18 7/8 ×
      • 15 3/8 ×
      • 1 ×
      •  pouces
    • Paul Gondry
    • The Rain Maker , 2025
    • Gouache et pigment sur lin
      • 125 ×
      • 172 ×
      • 2.5 ×
      •  cm
      /
      • 49 3/16 ×
      • 67 11/16 ×
      • 1 ×
      •  pouces


    • Paul Gondry
    • Night Paralysis , 2026
    • Huile sur lin belge
      • 83.5 ×
      • 100.5 ×
      • 2.5 ×
      •  cm
      /
      • 32 7/8 ×
      • 39 9/16 ×
      • 1 ×
      •  pouces

    L’artiste décrit volontiers sa peinture comme un réceptacle, un tombeau, un manuscrit. Elle serait l’envers du film, son miroitement résiduel, ce qui survit lorsque l’écran s’éteint et que la lumière disparaît. Sa peinture n’en plonge que plus profondément dans la noirceur et l’informe, d’où surgit l’inconnu, voire le monstrueux. Son dessin fouille les tréfonds de la psyché humaine, auscultant ses fantasmes, ses illusions, ses rêves. Il en retire des images forgées par l’inconscient universel, aux confins du fantastique et du cauchemar. Ombres, silhouettes ou profils traversent le cadre, comme revenus des bas-fonds et des marges : ils figurent des revenants, enfants-vieillards, mages hiératiques ou officiants d’un rite nocturne. Cet univers noir, presque poisseux, rappelle certaines visions de F. W. Murnau ou des scènes de Salò, ou les 120 jours de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini. Ce monde est également très lynchien par ses atmosphères et intrigues, flirtant avec Eraserhead (1977) ou Twin Peaks: Fire Walk with Me (1992).

    • Paul Gondry
    • Scarab Dream , 2026
    • Huile sur lin belge
      • 73.7 ×
      • 104.1 ×
      •  cm
      /
      • 29 ×
      • 41 ×
      •  pouces
    • Paul Gondry
    • Aspersion , 2025
    • Huile sur lin belge
      • 62 ×
      • 82 ×
      • 2.5 ×
      •  cm
      /
      • 24 7/16 ×
      • 32 5/16 ×
      • 1 ×
      •  pouces

    • Paul Gondry
    • Totemic Transfusion , 2025
    • Huile sur lin belge
      • 112 ×
      • 100.5 ×
      • 2.5 ×
      •  cm
      /
      • 44 1/8 ×
      • 39 9/16 ×
      • 1 ×
      •  pouces

    La métamorphose constitue un motif crucial de cette peinture : transformations des corps et de la nature, transmutation de la matière, lent fading vers la mort. Les couleurs participent de ce sentiment. Elles sont, pour reprendre les mots d’Edward James à propos de Leonora Carrington, comme « matérialisées dans un chaudron sur les coups de minuit ». Au fond de son creuset alchimique, Paul Gondry assemble sa palette au gré de montages audacieux, acides, au risque de la dissonance : des rouges cuits et recuits, couleur de sang séché, des noirs de suie mais aussi des bleus et verts clairs d’aurores boréales, un peu surnaturels. La couleur ne décrit pas l’objet ; elle en projette les qualités symboliques et participe à l’équilibre interne du tableau. En cela, Paul Gondry se rapproche du symbolisme, mais d’un symbolisme ésotérique. Le tableau se déchiffre comme un grimoire secret. Des soleils de minuit, des nuits étoilées à la Van Gogh, composent le ciel des scènes insituables de Paul Gondry : intérieur jour ? extérieur nuit ? L’ensemble est théâtralisé, éclairé de feux artificiels.

    Contrairement au cinéma, où les images se succèdent, la peinture peut en combiner plusieurs en une seule : elle devient un panoramique fixe où coexistent personnages et amorces narratives, comme autant d’échappées vers des récits possibles. Par certaines de ses compositions, Paul Gondry se rapproche des tableaux kaléidoscopiques de Jérôme Bosch, à parcourir lentement, pour en décoder le sens.


    • Paul Gondry
    • Improper Relations , 2025
    • Huile sur lin belge
      • 75 ×
      • 61 ×
      • 2.5 ×
      •  cm
      /
      • 29 1/2 ×
      • 24 ×
      • 1 ×
      •  pouces

    Des nuées colorées, traversées de présences spectrales, une tension dramatique focalisée sur des gestes et des objets, des atmosphères sculptées par des lumières surnaturelles : les peintures de Paul Gondry travaillent leurs effets en vue d’exciter l’imagination du spectateur, appelé à déchiffrer les signes sous la surface. Son dessin fouille les tréfonds de la psyché humaine : il en retire des images aux confins du fantastique et du cauchemar. Les Nabis, Edvard Munch ou Éléonora Carrington viennent à l’esprit devant ces toiles. Avec force détails, textures et lumières, le peintre installe une ambiance et préserve un moment spécifique, hanté. Plus qu’une image, c’est le « sentiment de l’image » que Paul Gondry dit poursuivre.

    Né à Paris en 1991, Paul Gondry vit et travaille à New York. Diplômé en cinéma, animation et vidéo de la Rhode Island School of Design, il a récemment présenté son travail à The Armory Show avec Newton et a reçu le prix Gramercy International en 2022. Il a exposé notamment à la galerie Simo Bacar à Lisbonne, à Futura à Prague, à la galerie Deborah Schamoni à Munich, à Nosbaum Reding au Luxembourg, à la Kunsthalle Wichita au Kansas et au Zwinglisalon à Berlin. Il est cofondateur de l’artist-run space 15 Orient à New York.