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Pour sa troisième exposition personnelle à la galerie Semiose, la peintre allemande Aneta Kajzer poursuit un cycle où chaque exposition semble naître de la précédente comme une mutation naturelle de son univers. En 2021, Heavy Water inaugurait un premier volet avec une peinture dense, fluide, traversée de courants et de remous intérieurs. Deux ans plus tard, Head in the Clouds s’élevait vers des ciels plus légers, des formes en suspension, des visages flottants dans la couleur. Avec Too Close to the Sun, la trajectoire s’embrase, se poursuit en apothéose lumineuse et prend des allures d’ascension mythique. Après l’eau et l’air vient le feu : à la manière d’Icare, la peinture s’élève jusqu’à frôler l’éblouissement, consciente du risque d’y perdre sa forme, consciente également du vertige de liberté que recèle cette proximité du soleil. Ce qui coulait ou s’évaporait se condense dans une chaleur irradiante : la matière atteint son point de fusion, là où la lumière devient couleur et la couleur, énergie.
- Aneta Kajzer
- Stairway to Heaven , 2025
- Huile sur toile
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- 260 ×
- 190 × cm
- 102 3/8 ×
- 74 13/16 × pouces
- Aneta Kajzer
- Auf Wanderschaft , 2025
- Huile sur toile
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- 180 ×
- 130 × cm
- 70 7/8 ×
- 51 3/16 × pouces
- Aneta Kajzer
- Floating state , 2025
- Huile sur toile
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- 60 ×
- 50 × cm
- 23 5/8 ×
- 19 11/16 × pouces
- Aneta Kajzer
- Inselenergie , 2025
- Huile sur toile
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- 160 ×
- 120 × cm
- 63 ×
- 47 1/4 × pouces
- Aneta Kajzer
- Space Oddity , 2025
- Aquarelle sur papier
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- 100 ×
- 70 × cm
- 39 3/8 ×
- 27 9/16 × pouces
- non encadré
- 109 ×
- 79.5 × cm
- 42 15/16 ×
- 31 5/16 × in
- framed
- Aneta Kajzer
- all over the place , 2025
- Aquarelle sur papier
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- 100 ×
- 70 × cm
- 39 3/8 ×
- 27 9/16 × pouces
- non encadré
- 109 ×
- 79.5 × cm
- 42 15/16 ×
- 31 5/16 × in
- framed
Le soleil d’Aneta Kajzer n’est pas un astre : c’est un bain de peinture, un foyer qui dilate et dissout les formes, irise et brûle comme si la couleur, portée au voisinage de son point d’ignition, gagnait un degré de liberté supplémentaire. Parfois, la stridence chromatique atteint une intensité presque électrique : les roses acides, les jaunes citron, les verts fluorés émettent leur propre lumière et la surface saturée d’énergie se fait écran solaire. Cette zone de surexposition invite la dissonance, revendique la collision de contrastes qui vibrent jusqu’à l’irréconciliable et tendent les harmonies au bord de la rupture. Dans ces passages presque trop lumineux, Aneta Kajzer s’aventure sur un territoire où peindre revient à risquer la brûlure pour atteindre la clarté. Too Close to the Sun met à nu ce moment précis où la peinture devient une météorologie instable, un point critique au-delà duquel les vents de brosse, les pluies de pigments, les bouffées d’oxydation rouge-orangé, les brumes de pastel et les nappes d’ombre refroidie ne tiendraient plus dans l’atmosphère et se condamneraient à une inexorable chute.
- Aneta Kajzer
- Sad Girl Summer , 2025
- Aquarelle sur papier
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- 100 ×
- 70 × cm
- 39 3/8 ×
- 27 9/16 × pouces
- non encadré
- 109 ×
- 79.5 × cm
- 42 15/16 ×
- 31 5/16 × in
- framed
- Aneta Kajzer
- Gently testing boundaries , 2025
- Aquarelle sur papier
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- 100 ×
- 70 × cm
- 39 3/8 ×
- 27 9/16 × pouces
- non encadré
- 109 ×
- 79.5 × cm
- 42 15/16 ×
- 31 5/16 × in
- framed
- Aneta Kajzer
- Feeler , 2025
- Aquarelle sur papier
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- 100 ×
- 70 × cm
- 39 3/8 ×
- 27 9/16 × pouces
- non encadré
- 109 ×
- 79.5 × cm
- 42 15/16 ×
- 31 5/16 × in
- framed
Les œuvres d’Aneta Kajzer se composent en états successifs de saturation/décantation, de lourdeur/légèreté, d’apparition/disparition mais aussi de figuration/abstraction, en maintenant les deux régimes en tension pour qu’aucun ne l’emporte sur l’autre. Cette oscillation n’est pas un compromis mais une position, une manière d’habiter la peinture là où elle se pense encore. La dichotomie entre abstraction et figuration n’a pour Aneta Kajzer aucune pertinence et relève d’un vieux partage hérité d’un temps où l’on croyait encore que la peinture devait choisir entre le monde et elle-même. Elle peint dans l’après-coup de cette histoire, à un endroit où les formes et les flux, les silhouettes et les taches, appartiennent à un même continuum. Le visible et le sensible s’y confondent, la couleur engendre la figure comme un son engendre sa résonance, la peinture est le lieu d’une circulation incessante entre ce qui se montre et ce qui se dissout.
La peinture d’Aneta Kajzer emprunte autant à la liberté des lavis et des champs colorés d’Helen Frankenthaler qu’à la figuration de Maria Lassnig, Miriam Cahn ou Nicole Eisenman qui sont pour elle de véritables héroïnes. Ce n’est pas l’abstraction qui succède à la figuration, ni l’inverse : c’est leur respiration commune qui fait naître le tableau. Un coup de brosse long devient mèche ; une coulure brune se fond en rideau de pluie ou de cheveux ; deux points noirs ouvrent des yeux ; une bouche est un cadmium renversé ; un simple appui du métal du tube creuse la ligne qui manquait dans un dessin sans crayon.
— Jean-Charles Vergne
- Aneta Kajzer
- Black Hole Balance , 2025
- Huile sur toile
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- 160 ×
- 120 × cm
- 63 ×
- 47 1/4 × pouces
- Aneta Kajzer
- Slippery Slope , 2025
- Acrylique sur toile
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- 180 ×
- 130 × cm
- 70 7/8 ×
- 51 3/16 × pouces
- Aneta Kajzer
- Doppelgänger , 2025
- Huile sur toile
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- 80 ×
- 60 × cm
- 31 1/2 ×
- 23 5/8 × pouces
Plus abstraite que CoBrA, plus colorée que Joyce Pensato, assurément rangée du côté de la bad painting, la peinture d’Aneta Kajzer échappe aux concepts normatifs de l'image, alterne entre gravité et humour, se risque au balancement entre beauté et laideur. À travers ses figures déformées, diverses et contradictoires, certaines préoccupations sociales de l’artiste se décèlent : qu’importe si les choses restent en suspens, pourvu qu’elles existent. Le processus démarre par un choix de couleurs et de mouvements, dont émergent des formes d'abord transitoires, en constante évolution, avant de se fixer par la suite en figures. Dans un dialogue permanent avec les motifs qui se présentent sur sa toile, Kajzer alterne les gestes planifiés et les gestes intuitifs. Elle produit des situations très conflictuelles entre figuration et abstraction et réunit des oppositions formelles. Souvent, une virgule de peinture bien ponctuée résout l’ensemble du tableau, tirant profit du phénomène de pareïdolie et d’associations suggestives.
Née en 1989 à Katowice en Pologne, Aneta Kajzer vit et travaille à Berlin. Elle est diplômée de l’école d’art de Mayence et a résidé au Künstlerhaus Bethanien de Berlin. Elle a participé au Goldrausch Künstlerinnenprojekt, un programme réputé de soutien aux femmes. Ses œuvres sont régulièrement présentées, en particulier dans des expositions consacrées à la relève de la peinture allemande, à l’instar de Now ! Painting in Germany Today conjointement exposée au Deichtorhallen Hamburg, Kunstmuseum de Bonn, Kunstsammlung de Chemnitz et Museum Wiesbaden en 2019-2020. Des expositions individuelles lui ont été consacrées notamment à la galerie Conrads à Düsseldorf, au Künstlerhaus Bethanien ou à l’Institut für moderne Kunst à Nuremberg.