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Le titre de cette exposition est emprunté au documentaire éponyme réalisé par Chris Marker et Alain Resnais et sorti en 1953. Il fut commandité par la revue Présence africaine patronnée par Alioune Diop et animée notamment par des intellectuels comme Aimé Césaire, Price Mars, Léopold Sédar Senghor, Richard Wright ou Jean-Paul Sartre. L’ambition était d’offrir à la palabre africaine un espace de discussion où se rencontrent les figures les plus marquantes du monde africain de l’après-guerre.

L’exposition Les statues meurent aussi convoque chacun à regarder le travail de Stefan Rinck comme celui d’un sculpteur, d’un artisan et de prendre conscience du matériau, du geste – celui qui amène à une nouvelle sensibilité, à partager « l’attitude de l’artiste » et le processus de création.

« C’est que le peuple des statues est mortel. Un jour, nos visages de pierre se décomposent à leur tour. Une civilisation laisse derrière elle ses traces mutilées, comme les cailloux du Petit Poucet mais l’histoire a tout mangé. Un objet est mort quand le regard vivant qui s’est posé sur lui a disparu et quand nous aurons disparu, nos objets iront là où nous envoyons ceux des artistes : au musée ».

L’exposition Les statues meurent aussi s’organise sous le signe d’une unité perdue où l’art est le garant d’un accord entre l’homme et le monde. Trois statues monumentales en pierre de Lecce nous accueillent et nous guident. Pour comprendre les enjeux de cette exposition, il faut remonter aux origines de la Maladrerie. Au Moyen Âge, cet ensemble architectural était une léproserie. À cette époque, les lépreux, exclus, isolés du monde, étaient déclarés morts pour la société. Leur seul salut était alors d’être admis dans une maladrerie. Derrière ses hauts murs, c’est l’histoire hospitalière méconnue des XIIe et XIIIe siècles qui se raconte où la lèpre était considérée comme la marque du Mal.

Si le travail de Stefan Rinck résonne aujourd’hui à la Maladrerie dans un geste humble, il concourt également à réveiller l’ensemble d’un monde en sommeil. « Gardiens de tombeaux, sentinelles des morts ; chiens de garde de l’invisible », ces statues d’ancêtres forment-elles un cimetière ? Nous mettons des pierres sur nos morts pour les empêcher de sortir. L’artiste les conserve près de lui pour les honorer et profiter de leur puissance dans un panier rempli de leurs ossements. « C’est des morts que procèdent toute sagesse et toute sécurité ; ils sont les racines du vivant. Et leur visage éternel prend parfois forme de racines ».

À la Maladrerie, ces racines fleurissent. Les sculptures de Stefan Rinck, d’une beauté involontaire, empruntent au règne animal des attributs formels et nous émeuvent, à condition de bien savoir que ces images nous ignorent, qu’elles sont d’un autre monde. Nous pourrions y voir de la souffrance, de la sérénité, de l’humour mais nous n’en savons rien.

« Colonisateurs du monde, nous voulons que tout nous parle : les bêtes, les morts, les statues » ; et bien les statues de Stefan Rinck sont muettes. Elles ont des bouches et ne parlent pas ; elles ont des yeux et ne nous voient pas. « Ce ne sont pas des idoles, plutôt des jouets ; des jouets sérieux mais qui ne valent que parce qu’ils représentent. Il y entre moins d’idolâtrie que dans nos éternelles statues de saints. Personne n’adore ces poupées sévères ». Les statues de Stefan Rinck ne sont pas le dieu, elles sont la prière. Prières de l’artiste ouvert au monde, aux corps, aux femmes et à la jouissance, les statues de l’artiste sont brutes et liées à la terre par la forme et par la matière.

Commissaire de l’exposition : Tiphanie Dragaut-Lupescu, responsable du Quadrilatère.

Note : les citations en italique sont des extraits du film Les statues meurent aussi, écrit et réalisé par Chris Marker et Alain Resnais, 1953.