La notion de paysage est initialement très liée au champ pictural. Considéré à l'origine davantage comme un décor dans les représentations artistiques, il prend aujourd'hui toute sa place pour devenir le véritable sujet des oeuvres. Paysages rêvés place le visiteur dans la position d'un promeneur, invité dans sa déambulation au songe et à la flânerie. Le minéral, le relief, l'aquatique, le céleste et le végétal s'entremêlent, offrant des visions plurielles du paysage, livrées à l'interprétation du regardeur.
\Renversée par Nicolas Milhé, la carte routière figurant la côte atlantique désoriente et introduit le doute pour laisser place à un parcours imaginaire. En réduisant les indications topographiques d'une carte IGN, Babou frise presque l'abstraction. Ni vraiment figuratives, ni totalement abstraites, les sculptures de Roxane Borujerdi, de la série Buissons et pointes ainsi que les entrelacs de végétaux de Marinette Cueco deviennent des indices de paysage. Comme un "capriccio" contemporain, les photographies de Pauline Bastard mettent en lumière les reliefs d'un paysage montagneux, recomposé à partir d'images collectées dans de vieux ouvrages. Déchirées, elles dessinent ainsi de nouvelles crêtes enneigées.
\Les oeuvres d'Anne Colomès, Maitetxu Etcheverria et Patxi Bergé se caractérisent par leur aspect très énigmatique, révélant des contrées imaginaires ou teintées de fantasmagorie. Elles entrent en écho avec les photographies de Maryvonne Rocher-Gilotte et de Josef Sudek, paysages embrumés et fantomatiques. Le temps y semble suspendu, à l'image d'une photographie d'Anne Garde mettant en scène des ruines dévorées par la végétation. C'est également cette végétation qui constitue le point focal des oeuvres de Holger Trülzsch et d'Arnaud Claas. Ce dernier, dirigeant son objectif vers le sol, saisit dans des cadrages serrés l'intrication des masses végétales, révélant la complexité et les subtiles variations d'une nature foisonnante.
\Souvent qualifiée de fenêtre ouverte sur le monde, l'oeuvre d'art ne se limite pourtant pas à un rendu objectif de la réalité. Comme le paysage, elle s'expérimente avant tout de manière sensible. Ainsi, Paysages rêvés sollicite une contemplation, favorisant la fantisie, la fable et l'onirique.